L'anti-horoscope 2026 de la tech
- Laurent PAITA

- 5 janv.
- 4 min de lecture

Avec la nouvelle année, votre fil d’actualité LinkedIn se pare de pronostics plus racoleurs les uns que les autres : “Top 10 tendances tech 2026”, “les 5 technologies à suivre absolument”, “les technos à connaître quand on est DSI”. J’adore l’énergie. Permettez-moi de douter de leur pertinence !
Fin 2025, j’ai animé un talk avec un exercice de style rare : nous avons passé au crash-test nos certitudes formulées douze mois plutôt. Verdict : nous avions souvent raison sur la direction… et tort sur la facilité de mise en œuvre.
Depuis, j’ai une conviction : une prédiction utile ne décrit pas une technologie mais une contrainte. Parce que ce ne sont pas les innovations qui font bouger une organisation. Ce sont les “frottements”.
Pendant de nombreuses années, j’ai travaillé dans l’industrie du luxe. Dans la mode, on apprend deux choses : la mode est une histoire de cycles, un perpétuel recommencement ; et surtout, entre le podium et la rue, il y a le filtre impitoyable du quotidien. En effet, une tenue peut être sublime lors d’un défilé… mais importable au quotidien. Ce qui traverse les saisons, ce sont les basics : un trench bien coupé, une petite robe noire, autrement dit des pièces fiables, combinables, intemporelles.
Quand on parle de technologies, le filtre existe aussi. Sauf qu’il ne s’appelle pas « style » mais « contraintes » : qualité des données, outils déjà en place, cybersécurité, compétences des équipes, règles internes, coûts, dépendances fournisseurs.
Alors je me suis prêté au jeu : reprendre des prédictions publiées fin 2024 / tout début 2025 (cabinet, presse, institutions) pour les passer au crash-test de la réalité.
Ma méthode (très simple) fut de trier les prédictions avec trois filtres :
- Le consensus : ce que tout le monde annonçait
- Les promesses trop belles : ce qui sonnait évident… mais uniquement dans le meilleur des mondes
- Les angles morts : ce qui a compté en 2025, mais que peu ont vraiment anticipé
1) Ce que 2025 a confirmé
La grande bascule : la fin des “défilés” sans lendemain.
En 2025, les organisations ont commencé à se lasser des effets “waouh”. Le sujet n’était plus “est-ce que ça existe ?” mais “est-ce que ça tient ?”. Ce basculement a touché plusieurs tendances et pas uniquement l’intelligence artificielle.
La valeur sous contrôle.
Le ROI est devenu un sujet sérieux. Pas seulement “combien ça rapporte”, mais “combien ça coûte vraiment” : intégration, sécurité, conduite du changement, coûts récurrents, dépendances, montée en compétences. Autrement dit : la promesse a dû passer de la vitrine au vestiaire.
La cybersécurité et la confiance au centre.
Tout ce qui touche aux usages numériques (IA ou non) a ramené la même exigence : cadrer, tracer, contrôler. La sécurité n’a pas été un frein mais une condition de feuille de route et de trajectoire. Ceux qui posent des règles claires accélèrent. Les autres improvisent… et finissent par freiner, voir reculer.
Le retour du concret : cloud, infrastructure, énergie.
En toile de fond, 2025 a remis sur la table un sujet longtemps rangé dans la catégorie technique : la capacité de mise en oeuvre. Puissance de calcul, cloud, data centers, énergie, coûts… On a cessé de parler uniquement de possibilités. On a commencé à parler de soutenabilité.
2) Les promesses trop belles
“Du pilote au passage à l’échelle, ce sera fluide.”
C’est probablement la plus grande illusion de 2025. Beaucoup ont découvert que le mur n’était pas l’outil, mais l’existant : données, applications internes, sécurité, procédures, responsabilités, formation. “Déployer” ne veut pas dire “industrialiser”. Et industrialiser, c’est un métier.
“Tout va s’automatiser, vite.”
Oui, l’automatisation progresse : assistants qui enchaînent des tâches, workflows, agents, etc… Mais plus on délègue, plus une question remonte : qui valide ? Qui assume ? 2025 a moins ressemblé à un remplacement massif qu’à une recomposition : contrôle, supervision, gestion des risques.
“L’expérience va basculer par magie.”
Interfaces immersives, nouveaux usages, “expérience client réinventée”. Certes il y a eu des cas d’usage. Mais la bascule générale s’est heurtée à un critère simple : si ce n’est pas intégrable et utile au quotidien, ça reste un look de podium.
3) Les angles morts (ce que 2025 a révélé)
L’inégalité d’adoption.
On a parlé d’adoption comme d’un mouvement global. En réalité, 2025 a souvent fabriqué deux vitesses : quelques équipes “augmentées » qui avancent très vite, itèrent, versus une majorité qui reste à la surface. Et cette inégalité crée une inégalité de performance, sans distinction d’âge.
La dépendance devient visible.
Dépendances fournisseurs, dépendances cloud, dépendances technologiques : en 2025, beaucoup ont cessé de les considérer comme un détail technique. Elles sont redevenues des sujets de stratégie (coûts, risques, réversibilité, souveraineté, continuité). Et les dernières actualités géopolitiques de ce début d’année le confirment encore un peu plus.
La confiance devient un sujet business.
Faux contenus, usurpation, fraude, manipulation : c’était parfois vu comme un sujet cyber ou politique. Mais en 2025, c’est devenu un sujet d’entreprise : réputation, relation client, risques financiers, confiance interne.
Conclusion
Si je devais résumer 2025 : on a eu raison sur les tendances, mais on s’est trompés sur la facilité de mise en œuvre.
Et permettez-moi de poursuivre mon parallèle avec la mode où courir après toutes les tendances ne crée pas du style mais de la confusion. En entreprise, courir après tous les outils ne crée pas de la transformation mais de la dispersion.
Le style, ce n’est pas d’accumuler mais de choisir et d’assumer !
Ressources utilisées pour les prédictions 2025
Gartner, Deloitte, PwC, EY, Capgemini, ENISA, ainsi que plusieurs dossiers de presse tech/éco publiés fin 2024 et tout début 2025.
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